Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

LA FONDATION MOUMIE© Justification, importance, portée et enjeux du Prix Moumie pour le développement du Cameroun et de l’Afrique

Propriété intellectuelle de La Fondation Moumie© 2

I Introduction

Alors que le 21ème  siècle est celui de l’émergence de nombreux pays asiatiques et latino américains accusant il y a quelques temps un retard en matière de développement, le cas de l’Afrique subsaharienne reste très préoccupant.

 

Sur le plan économique, sa part dans le commerce international est sans cesse décroissante (moins de 1% en 2007), son revenu par tête décline. Ses structures productives sont toujours dépendantes de quelques cultures de rente à faibles élasticités Prix de la demande. Elle reste largement tributaire de l’aide internationale et des importations occidentales.

 

Sur le plan social, le niveau de vie dans plusieurs pays est inférieur à ce qu’il était dans les années soixante. L’accès aux biens et services essentiels (eau, logement, éducation, santé, électricité…) ne s’améliore pas [Lapeyre, Amougou et Ngalamuleme, 2007]. On observe une reproduction contemporaine des hégémonies et des dominations sociales issues de la période coloniale.

« La libéralisation du champ politique reste purement formelle et se limite aux ajustements constitutionnels ayant principalement pour but de prolonger les mandats politiques de chefs d’États issus majoritairement d’anciens partis uniques »

 

Sur le plan politique, le processus démocratique n’avance pas. La libéralisation du champ politique reste purement formelle et se limite aux ajustements constitutionnels ayant principalement pour but de prolonger les mandats politiques de chefs d’États issus majoritairement d’anciens partis uniques [Amougou et Ngo Nyemb, 2005]. La démocratie ne se transforme pas en un moyen d’action permettant aux populations d’améliorer leur bien être quotidien. On assiste, soit à des transmissions héréditaires du pouvoir (RDC, Togo), soit à sa confiscation depuis plus de quarante ans par des réseaux jadis parrainés par les anciennes puissances coloniales (Gabon, Cameroun, Togo…). L’absence d’alternance au pouvoir transforme la violence en un moyen de conquête du pouvoir. Aussi, de 1970 et 1989, 72 % des gouvernants ont quitté leurs postes dans des circonstances violentes [Delpech, 2005].

 

De jeunes africains ne rêvant plus leur vie chez eux à cause d’un chômage et d’une pauvreté endémiques, prennent le chemin de l’immigration où ils se retrouvent très souvent dans des situations précaires (réfugiés politiques, camps de rétention, sans papiers, esclaves modernes, expulsions musclées…..) alors que les équipes au pouvoir dans leurs pays vivent dans une richesse insolente. Qui plus est, de nombreux intellectuels ont démissionné de leur fonction critique et de questionnement des régimes illégitimes et incompétents, pour devenir des accompagnateurs et des griots de ceux-ci.

Ils ne sont plus « l’intelligentsia éclairée guide des masses ».

« L’absence d’alternance au pouvoir transforme la violence en un moyen de conquête du pouvoir. Aussi, de 1970 et 1989, 72 % des gouvernants ont quitté leurs postes dans des circonstances violentes »

Ceci dit, la pauvreté généralisée, le non respect des droits de l’homme, la corruption, le favoritisme, le clientélisme politique, le tribalisme, les conflits ethniques, la privatisation des biens publics et plusieurs injustices sont toujours en vigueur dans de nombreux pays subsahariens. Tous ces problèmes constituent autant de blocages d’un développement à la recherche duquel se trouve toujours cette partie du monde. Le Cameroun, terre de naissance de Félix Moumié ne fait pas exception à cette règle.

Considéré aux lendemains des indépendances comme un des espoirs les plus sûrs du continent noir, ce pays est parti de son statut de pays à revenu intermédiaire à celui de pays pauvre très endetté (PPTE) alors qu’il avait le même revenu par tête que la Corée du Sud dans les années quatre vingt. Un tel constat de régression d’un continent pétri de richesses de toutes natures, mérite que les générations actuelles d’Africains réfléchissent sur les paramètres qui en sont à l’origine et y remédient.

Une vue de quelques membres de la Fondation Moumie en conférence à Genève

Étant donné qu’en dehors de certains facteurs exogènes (détérioration des termes de l’échange, dette…) tous ces maux sont fondamentalement le résultat de la mal gouvernance érigée en règle par des dirigeants africains, La Fondation Moumie refuse de croire à la fatalité et de sombrer dans l’afro-pessimisme. Conscient du fait que l’énorme gâchis actuel est le fait d’hommes d’Etat corrompus et non préoccupés par l’intérêt général, La Fondation Moumie pense qu’il peut être stoppé par une bonne gouvernance permettant à l’Afrique noire en général, et au Cameroun en particulier, de repartir sur des bases saines favorables au développement. Cela consiste à placer le respect des droits de l’homme, l’alternance au pouvoir, la dénonciation des pouvoirs illégitimes et oppresseurs, l’éducation des citoyens au respect de la chose publique, la lutte contre les injustices et toutes les formes de malversations au centre d’un combat politique dont le rôle est de mobiliser et de redonner l’espoir aux populations par des projets de société innovants et crédibles. Pour ce faire, La Fondation Moumie pense que l’imaginaire collectif subsaharien a besoin de références locales, de figures historiques, de leader charismatiques pouvant servir de modèle comportementaux et capables de faire des émules au sein des générations futures. Le Camerounais Félix Moumié étant de cette trempe, La Fondation qui porte son nom compte faire de ce Prix une récompense et une reconnaissance pour tout Africain qui, quelque soit son domaine d’activité, se fera remarquer par son engagement réel, franc, effectif et cohérent pour mettre fin à la mal gouvernance dans toutes ses formes en Afrique subsaharienne. Ce Manifeste se poursuit en trois points : Une présentation de la vie, de l’actualité des combats et des valeurs politiques de Félix Moumié (II) ; une analyse de quelques apports fondamentaux d’un tel Prix pour le développement de l’Afrique (III) et une conclusion (IV).

 

II Félix Moumié : combats et valeurs politiques d’une extrême actualité

 

A)Quelques grandes articulations de la trajectoire politique de Félix Moumié

Ø 1947, Félix Moumié commence sa carrière de fonctionnaire à 21 ans comme médecin chef dans la localité de Lolodorf au Cameroun où il rencontre sa femme Marthe Ekemeyong.

Ø Décembre 1954, affectation de Félix Moumié à Douala, ancien fief de l’UPC (Union des Populations du Cameroun) où il travaille comme chirurgien à l’hôpital la Laquintinie. Il poursuit son militantisme politique malgré l’étroite surveillance et la répression multiforme du pouvoir colonial.

Ø 29 décembre 1954, Roland Pré, haut commissaire colonial arrive au Cameroun. Il a pour fonction principale « de sauver la civilisation » en écrasant par tous les moyens le mouvement indépendantiste et nationaliste camerounais et ses leaders dont Félix Moumié est déjà une figure influente.

Ø Du 22 au 30 mai 1955, c’est le « blitz » : la semaine sanglante de Douala. Le siège de l’UPC est saccagé et réduit en cendres. Plusieurs responsables surpris chez eux sont arrêtés alors que ceux qui sont en fuite comme Moumié font l’objet d’un mandat d’arrêt lancé par le Haut commissariat au Cameroun francophone.

Ø 13 juillet 1955, Décret interdisant l’UPC et début de la clandestinité pour Félix Moumié.

Ø 1957 Félix Moumié s’enfuit du Cameroun et arrive en Guinée Conakry où il trouve asile chez Sékou Touré militant panafricain et combattant anticolonialiste. Il installe trois bureaux de son mouvement en Egypte, au Ghana et en Guinée.

Ø 13 septembre 1958, assassinat d’Um Nyobé dans la forêt de Boumnyebel, en pays Bassa au Cameroun. Félix Moumié prend les reines du mouvement nationaliste camerounais dont il devient le président.

Ø C’est d’Accra au Ghana que Félix Moumié est parti pour son dernier voyage en Suisse, à Genève.

Ø 3 novembre 1960, assassinat de Félix Moumié à Genève de suite d’un empoisonnement au thallium orchestré par les services secrets français 1 .

 

B)Combats et valeurs politiques d’une actualité brûlante

Médecin de formation, Félix Moumié intègre très jeune un mouvement politique populaire (Union des Populations du Cameroun) dont il deviendra le président au lendemain des indépendances en 1960 après l’assassinat d’Um Nyobé en 1958 par le réseau répressif et criminel franco-camerounais. L’objectif central de ce mouvement est de contester le caractère répressif, antidémocratique, raciste et illégitime du pouvoir politique de l’Etat- colonial. Le faire dans une situation coloniale par essence

déclassifiante, condescendante et dominante par rapport aux populations locales, est déjà le signe d’une grande détermination et d’une conviction sans failles Chez Moumié. En effet, défendre ses idéaux que sont le patriotisme, l’unité, le respect, la justice, l’autonomie, l’indépendance des populations camerounaise et africaines [Eyinga, 1991], consiste déjà à surveiller le pouvoir colonial en place, à questionner sa légitimité éthique, à le dénoncer pour donner de l’information aux Africains afin de mettre à l’épreuve sa compétence dans tous les domaines. C’est cette attitude permanente, à la fois pré-multipartiste et post-multipartiste, la fonction centrale d’une opposition et de la société civile : C’est « la contre-démocratie» [Rosanvallon, 2006].

Considérant d’après Robespierre que « la défiance est la meilleure gardienne des droits du peuple », la contre-démocratie dont parle Rosanvallon et que pratiqua Félix Moumié n’est pas de l’anti-démocratie, mais l’ensemble de pratiques de surveillance, d’empêchement et de jugement au travers desquelles la société exerce des pouvoirs de correction, de pression et de déclassement d’un pouvoir illégitime. Avoir fait ce travail pendant le règne sans partage du pouvoir colonial en Afrique ; avoir été cohérent dans son combat jusqu’à être assassiné par les réseaux postcoloniaux, font de Moumié l’un des grands africains initiateurs du processus démocratique subsaharien. Son combat a en effet consisté à construire la permanence d’une souveraineté sociale négative en transformant le peule africain en « électeur », « surveillant » et « veto » par rapport à des pouvoirs coloniaux illégitimes, injustes et tortionnaires 2 . Il va sans dire que l’image que donne le continent africain au 21 ème siècle atteste de l’actualité brûlante du combat de Félix Moumié. Que combattait Moumié si ce n’est les dictatures, les oppressions, les injustices, la corruption, la mal gouvernance multiforme, les fausses indépendances, la confiscation du pouvoir et des régimes africains dépendants toujours des réseaux postcoloniaux ? Autant de pratiques et de réalités qui sont encore le lot quotidien des Africains contemporains dont le développement est ainsi bloqué. Une telle situation nécessite des symboles relayeurs du combat de Moumié. Ce Prix peut être un catalyseur d’attitudes favorables au développement de l’Afrique car l’histoire n’est pas seulement l’arrière fond qui éclaire les actes des peuples, mais aussi le laboratoire en activité de leur présent à partir duquel ils construisent le futur.

Partager cette page

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :