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L'anticolonialisme radical de Moumié avait fait dire à certains qu'il était antiFrançais. Lui-même s'en défendait en affirmant : " Je ne suis qu'un prolétaire […] Ce sont les Français qui m'ont remarqué, qui m'ont appris à lire, à écrire et à compter. Ce sont eux qui m'ont enseigné ce que je suis. Sans eux, je n'aurais été qu'un palefrenier du Sultan de Foumban. Mais pourquoi ces mêmes Français me refusent t-ils l'indépendance quand je la leur réclame au nom de leurs propres principes ".

 

Moumié reconnaissait ainsi le rôle indéniable de la France dans le développement et l'instruction des Camerounais; mais s'interrogeait sur l'absurdité du non respect des accords de tutelle.

 

Que Félix Moumié se soit attribué le second prénom de "Roland", héros qui se sacrifia pour sa patrie, était symptomatique des pulsions qui l'animaient. Il avait développé le complexe de SaintJust. Il était habité par un souffle messianique, rêvait de gloire, aspirait à laisser son nom dans l'histoire de son pays et à devenir inoubliable par son peuple. Le colon G. Georgy lui avait prédit la fin fatale des héros.

 

Moumié se croyait investi d'une mission providentielle, comme en témoignent ses références à l'épopée du général français. Tel de Gaulle à Londres, il croit à la possibilité de relancer l'action nationaliste à partir du Cameroun occidental. Les colonialistes aux abois ont fait courir le bruit que notre tentative avait échoué, nous avons du prendre la fuite. Nous voulons bien écouter cette version tout en demandant aux Français d'accepter que le général de Gaulle, en rejoignant Londres, avait accompli le même geste, c'est-à-dire qu'ayant échoué dans sa tentative de résister aux Allemands, il avait rejoint Londres pour accomplir son devoir de Français soucieux de l'intérêt de sa patrie, il faudrait que les "Kolos" admettent par voie de conséquence que nous avons rejoint l'étranger par souci de fuir les représailles d'une injustice indigne, mais par préoccupation d'accomplir notre devoir de Camerounais. Il s'investit dans la campagne électorale de 1957 pour faire triompher les partis membres du Front Uni (UPCKucpKvdp), favorables à la réunification. L'échec de cette stratégie signifiait la fin du projet réunificationniste de l'UPC. En effet, l'électorat avait été effrayé par une campagne des partis adverses (KPP et KNC) hostiles à la réunification. L'aménité de Moumié devant cet échec l'amena à critiquer sévèrement des élections " dirigées ". La mise en cause par Moumié des autorités coloniales anglaises, et du gouvernement Endeley qui le fit accuser d'irresponsabilité et provoquer des dissensions parmi les habitants du southern Cameroons, au détriment de leur bien être.

 

Cette accusation fut à l'origine de l'interdiction de l'UPC au Cameroun britannique et à l'exil au Soudan de ses dirigeants dont Moumié lui-même. La jeune république soudanaise qui venait d'accéder à la souveraineté internationale s'était déclarée disponible pour accueillir des patriotes africains persécutés par le colonialisme.

 

De Khartoum, Moumié tente de tisser des alliances internationales pour soutenir la lutte de libération nationale du peuple camerounais. Il voyage beaucoup, s'introduit dans les fora tiersmondistes (Fédération Mondiale de la Jeunesse Démocratique (FMJD), le congrès des peuples africains, l'ONU…). En 1958, le président égyptien Gamal Nasser qui a succombé à la rhétorique anticolonialiste de Moumié lui offre l'asile au Caire. Nationaliste intransigeant, le Raïs égyptien, en butte à l'agression francobritannique, avait épousé la cause du nationalisme africain qu'il décida de soutenir de toutes ses forces. Moumié s'installa au centre

du Caire, sur les bords du Nil. Il bénéficia d'une allocation mensuelle et d'une tranche d'émission hebdomadaire à Radio Le Caire. L'aide précieuse de Nasser lui ouvrit aussi bien les portes des rencontres Afroasiatiques que les frontières des pays du camp socialiste. De ces ouvertures, Moumié décroche plusieurs centaines de bourses d'études pour les jeunes camerounais dans les pays communistes.

 Jean Koufan Menkene , historien in Mutations

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