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Commis voyageur infatigable de son mouvement, aperçu tantôt à Moscou, tantôt à Pékin, Tunis ou Conakry ou Léopoldville, il s'échinait pour mobiliser toutes les bonnes volontés progressistes et anticolonialistes afin d'obtenir des subsides pour son parti. De ses voyages, Félix Moumié aurait rassemblé environ 800 millions de francs CFA, dont un demi milliards de la seule Chine en juin 1960 pour soutenir la lutte armée de l'ALNK.

 

Ses liens très amicaux avec les présidents Sékou Touré et Nkrumah, la direction du Front de Libération National Algérien (F.N.L.) et les Lumumbistes congolais, n'étaient un mystère pour personne. Félix Moumié était un panafricaniste de la première heure. Pour avoir assisté à la conférence des [huit] Etats indépendants d'Afrique qui se tint du 15 au 23 avril 1957, Georges Padmore, Antony Lewis, Geoffrey Bing et d'autres leaders nationalistes d'Afrique, l'avaient pris en estime.

 

A Moumié échut le secrétariat de la conférence. A la première Conférence AfroAsiatique, il décrocha un poste au secrétariat permanent de la conférence. En 1950, Moumié avait été élu viceprésident de la conférence des partisans pour la paix, il avait participe au Festival de la Jeunesse de Berlin en 1951, à la Conférence Internationale pour la défense de l'Enfant de Vienne en 1952, à l'Union Internationale des Etudiants de Bucarest en septembre 1952. Il était aussi présent à la Conférence des Juristes Afroasiatiques de Damas en 1958. Il avait déjà une dimension d'homme d'Etat lorsqu'il conduisit en février 1958, la délégation de l'UPC à la 11ème session du Conseil de Tutelle de l'ONU pour réclamer l'indépendance et la réunification immédiates et l'amnistie générale, et en mars 1959 pour exiger des élections avant la proclamation de l'indépendance le 1er janvier 1960. bien que séduits par l'argumentation et l'éloquence de Moumié, le conseil de tutelle et l'Assemblée générale adoptèrent la Résolution 1349 (XIII) qui institutionnalisait l'état d'urgence au Cameroun et renvoyait les élections après l'indépendance. Moumié devenait le procureur farouche du néocolonialisme français et le pourfendeur du " régime fantoche " installé à Yaoundé. Ses diatribes toujours plus virulentes dénonçaient inlassablement les "crimes et tortures odieux" infligés aux patriotes camerounais par le "fantoche Ahidjo" et menaçait de créer un Gouvernement Provisoire Kamerunais en exil. Maurice Robert, un autre administrateur barbouze témoigne de l'agacement que cette idée créait dans le microcosme néocolonial : "Le président Ahidjo, déclare t-il, répétait à qui voulait l'entendre qu'il rêvait d'être débarrassé de Moumié. Quand il voyait Foccart, il ne manquait de lui parler des problèmes que lui posait le leader rebelle. Celuici avait intensifié la rébellion après la mort d'Um Nyobé. Il lui menait la vie dure et l'empêchait de conduire le pays dans la voie du développement". Ahidjo appelait de ses voeux l'effacement de Moumié de la carte politique camerounaise. Dépourvu de moyens propres d'y arriver, il souhaitait que Paris les exhaussât. "Pour être franc je prônais une solution radicale, je l'avais dit à Foccart", poursuit Robert. Moumié était l'artisan d'une révolte permanente, il appelait à la révolution et risquait de déstabiliser le Cameroun pour le faire basculer au communisme. Il fallait la décapiter pour montrer au peuple camerounais que sa longévité ne traduisait pas son invulnérabilité mais la patience du pouvoir à son égard avant le recours à des méthodes plus expéditives. A l'automne 1960, Moumié était froidement assassiné par les services secrets français. Il n'avait que trente cinq ans. L'hypothèque Moumié étant soldée, Ahidjo pouvait gouverner en paix pendant vingt deux ans.

 

Peu d'assassinats ont par le passé soulagé tant de consciences ; celui du leader upéciste fut célébré comme une victoire, au champagne, par le pouvoir de Yaoundé. Le gouvernement se défendit d'avoir commandité ce meurtre. Charles Okala, le ministre des affaires étrangères déclara que le gouvernement avait déjà son plan pour neutraliser pacifiquement Félix Moumié. Au Ghana et en Guinée ce fut la consternation. Le corps de Moumié fut accueilli avec émotion à Conakry. Son catafalque fut installé pour une veillée populaire au stade du 28

septembre. Le compagnon de lutte décédé eu droit aux honneurs de l'Etat Guinéen. Félix Moumié qui n'a vécu que 35 ans d'une vie intense, et tumultueuse était un patriote intègre et intransigeant. "Médecin Africain", sa carrière ne dura que huit ans, au cours desquels il sut se faire aimer et apprécier. Son mérite est qu'il s'efforça plus que d'autres dirigeants de l'UPC de donner une âme, un sens, et une orientation concrets, politique et idéologique au parti? Malgré sa stature internationale, la faiblesse de Moumié est qu'il n'incarna jamais cette identité collective à laquelle le monde entier voulait croire. A lui seul Moumié ne représentait pas toute l'UPC, mais l'histoire change parfois à cause d'un seul homme.

 Jean Koufan Menkene , historien in Mutations des 27&28 Novembre 2007.

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