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Famille_Fondation_Moumie.jpgLa Fondation Moumié promeut l’idée de l’invention, du montage et de l’application d’un nouveau logiciel politique rédempteur et émancipateur du peuple camerounais vis-à-vis, à la fois de ses propres dirigeants, et de ses liens avec l’extérieur. Après avoir donné ses positions sur le néonationalisme sur le tard du Renouveau National, le droit de vote accordé aux Camerounais de la diaspora, Elecam et les tractations actuelles au sein du couple Cameroun/France, la Fondation Moumié vous entretient aujourd’hui sur le mode de gouvernance qui doit accompagner le nouveau logiciel politique dont elle parle. Son but, de prime abord, est de sortir le Cameroun du grand saut permanent dans l’inconnu qui, malheureusement, constitue la marque déposée de son mode de gouvernance depuis cinquante ans d’un pouvoir exécutif exercé par des fils de ce pays.

 

En effet, sortir de l’écume politique actuelle pour remettre les débats sociétaux à l’endroit, exige aussi que la Fondation Moumié mette en décalage le mode de gouvernance qu’elle propose, et celui qui prévaut au Cameroun depuis 1960, et dont les traits caractéristiques sont :

 

• le non respect de la Constitution camerounaise ;
• l’asymétrie des droits et des devoirs entre les élites au pouvoir et les populations camerounaises ;
• les accords partiaires et léonins entre la France et le Cameroun,
• la réparation des erreurs par des expédients en lieu et place des anticipations.

A la place, la Fondation Moumié propose :
• une gouvernance de symétrie des droits et des devoirs entre gouvernants et gouvernés ;
• une gouvernance d’anticipation des risques en lieu et place de leur réparation par des expédients ;
• une gouvernance de coopération interétatique avec la France, en lieu et place de la subordination et de la collaboration sous-marines et serviles au sein de « la Françafrique ».

 

Afin de soutenir notre proposition et d’étayer notre analyse, nous choisissons d’aller à rebours de l’histoire événementielle du Cameroun en 2011. C’est une façon de mieux y revenir une fois les fondements historiques de notre problématique mis en perspective grâce à un épaississement diachronique.

 

Encore une fois, le souci de la Fondation Moumié est de donner un sens et un fondement autant locaux que singuliers au processus démocratique camerounais, en s’inspirant des luttes passées et présentes du peuple camerounais, et en mettant en forme politique les problèmes réels qui se posent à ce pays et à ses habitants. C’est en abreuvant la démocratie aux puits des problèmes spécifiques à une société donnée qu’on transforme chaque membre de ladite société en un cerbère pro démocratique, étant donné que la démocratie devient une solution concrète aux maux ambiants : elle devient la capacité collective de faire des choses en mieux.

 

1. La prise du pouvoir par Ahidjo : le premier grand saut camerounais dans l’inconnu


Si l’étendard « mission civilisatrice » fut un grand leurre au service de l’enrobement vertueux des crimes multiformes perpétrés par la conquête coloniale, force est de reconnaître que voir Ahmadou Ahidjo émerger Président du Cameroun en 1960, est à la fois le produit et la continuation du grand saut dans l’inconnu du Cameroun comme mode de gouvernance. Autant les Camerounais ne surent pas exactement à quelle sauce ils allaient être mangés par les « civilisateurs », autant les mêmes Camerounais perdirent la maîtrises des paramètres de l’évolution politique de leur pays, une fois celle-ci réduite au combat menée par les puissances coloniales entre, d’un côté, « le père de la nation » Ahmadou Ahidjo et, de l’autre, le mouvement nationaliste camerounais, ses militants et ses leaders historiques qualifiés de « subversifs fossoyeurs de l’unité nationale. »

 

Le grand saut dans l’inconnu comme mode de gouvernance se matérialisa à cette époque par la substitution et l’éradication d’un mouvement politique aux objectifs clairs d’émancipation sociopolitique et économique, par la construction pièce par pièce d’un leader dont les seuls atouts se résumèrent à son non extrémisme dans la revendication d’autonomie, à sa discrétion et à son caractère obéissant. En conséquence, l’indépendance du triangle national fut négociée, non avec les Camerounais qui la souhaitèrent âprement au point de périr dans le feu de l’action, mais avec ceux qui, soit la voulurent juste de façade, soit ne la voulurent pas du tout. Quelques temps après, les accords léonins et partiaires signés entre « le père de la nation camerounaise » et la France, prouvèrent que les paramètres inconnus des Camerounais dans le grand saut dans l’inconnu comme mode de gouvernance, étaient le plus souvent bien connus par les métropoles occidentales. D’où l’asymétrie statutaire qui résulta, non seulement entre l’élite camerounaise au pouvoir et le peuple camerounais, mais aussi, entre cette élite elle-même et la France, principale force métropolitaine qui tira les marrons du feu de l’indépendance allumée par les nationaliste camerounais.

 

La transgression des constitutions de 1960, 1961 et 1972 par réunification autoritaire de tous les partis politiques et syndicats au sein de l’UC, n’était que la suite logique d’une indépendance en opposition de phase avec le droit du peuple camerounais à disposer de lui-même, mais en phase avec le droit de son élite de le recoloniser avec le soutien de l’ancienne puissance coloniale. Dès lors, au lieu de vivre l’Etat social et l’Etat démocratique dont rêvait le mouvement nationaliste, les Camerounais ont fait l’expérience d’un Etat à la fois prédateur et policier jusqu’en 1982. Tout se termina pour Ahmadou Ahidjo comme tout commença aussi pour lui, c'est-à-dire par le coup d’Etat médical ourdi par ceux qui l’avaient jadis mis au pouvoir.

 

2. La prise de pouvoir par Biya : le deuxième grand saut camerounais dans l’inconnu


Le premier épisode postcolonial du grand saut dans l’inconnu du pays s’achevait donc comme il avait commencé par le passage imprévisible du relai à Paul Biya par Ahmadou Ahidjo. Autant le programme politique d’Ahidjo s’est limité à la figure du « père de la nation » qui combat les subversifs et les ennemis de l’unité nationale, autant le Renouveau National, produit dérivé du régime Ahidjo, a affiché la rigueur dans la gestion et la moralisation des comportements comme programme politique. Près de trente ans de pouvoir après, les retombées sociales, politiques et économiques que le Cameroun et les Camerounais attendaient de l’avènement, tant d’une République irréprochable, que de la gestion vertueuse des affaires publiques, n’ont toujours pas pointé le bout de leur nez.

 

En lieu et place se concrétisent plutôt une République vénale et un Etat privatisé par l’élite au pouvoir au détriment des populations. Une fois de plus, la règle qui prévaut est celle du règne de l’asymétrie des droits et des devoirs entre l’élite au pouvoir et les Camerounais ordinaires. La loi qui l’emporte est celle du plus fort qui change la Constitution suivant ses plans personnels d’éternel Président. Il en résulte un abus de la fonction présidentielle qui la dévalorise en ce sens qu’elle devient l’habitat préféré du Camerounais que la métropole, suivant la manière dont évolue sa politique extérieure et ses intérêts du moment, juge capable de perpétuer le pacte colonial.

 

Pour le libéralisme communautaire n’a donc fait qu’illusion pendant quelque temps, car les Camerounais se sont à nouveau retrouvés dans le grand saut dans l’inconnu comme mode de gouvernance. Très vite, le peuple camerounais s’est aperçu que le Renouveau National n’a pas fait ce qu’il avait annoncé, qu’il a plutôt fait ce qu’il n’avait pas annoncé et qu’il réalise surtout des demandes faites par lui-même pour lui-même: en voici quelques exemples :

 

• La rigueur dans la gestion et la moralisation des comportements son vendus actuellement dans un nouvel emballage politique qui s’appelle l’opération Epervier de laquelle on compte tirer des dividendes politiques ;
• Les institutions prévues par la réforme constitutionnelle de 1996 ne sont toujours pas en place (Sénat par exemple) qu’on entreprend une réforme constitutionnelle en 2008 en faisant ainsi ce qui ne figurait dans  aucun programme contractuel avec les citoyens ;
• le bout du tunnel annoncé par le régime comme fin de la crise n’était pas encore en vue qu’on annonçait les Grandes Ambitions ne figurant dans un aucun programme préalable ;
• Les Grandes Ambitions étaient à peines mortes nées qu’on demandait un plan Marshall pour l’Afrique à la Tribune des Nations Unies ;
• Le plan Marshall n’avait pas vu le jour qu’on nous parlait de la relance de l’agriculture camerounaise au comice agropastoral d’Ebolawa, lui-même un échec recyclé pour séduire un Sud-Cameroun instrumentalisé par les élites du « pays organisateur ».

3. La présidentielle de 2011 : les prémices du troisième grand saut camerounais dans l’inconnu


S’il est une innovation que le grand saut dans l’inconnu comme mode de gouvernance aura réussi au Cameroun, c’est la dichotomie factice, démagogique et fallacieuse du champ politique camerounais en deux figures irréductibles: la figure d’Ahmadou Ahidjo, « père de la nation » contre « les subversifs » pendant la période 1960-1982, et la figure de Paul Biya, « apôtre de la paix » contre « les partisans de la guerre » depuis 1982. Ces deux figures ont entrainé une telle constriction du débat politique national qu’en 2011, tous les signes avant-coureurs d’un troisième saut du Cameroun dans l’inconnu sont déjà en place. Ils sont les indices d’une incurie politique camerounaise qui se poursuit au point de faire de ce pays un OPNI, entendez, un Object Politique Non Identifié.

 

En effet, cinquante après son indépendance, la scène politique camerounaise est toujours dans une dynamique aléatoire si récurrente qu’un évènement politique comme la présidentielle, ne s’y caractérise pas encore par une date précise, des acteurs, des programmes et des modalités routinières de transmission du pouvoir.

 

Voici, en 2011, un florilège non exhaustif de l’OPNI Camerounais :

• On sait qu’il y aura une élection présidentielle, mais seuls ceux qui sont dans le secret des dieux savent quand. Cela donne un avantage décisif à l’équipe sortante, étant donné que celui qui maîtrise le calendrier place mieux ses pions sur l’échiquier politique national et international ;
• « Des Appels du peuple » en trois tomes qui, au mieux, correspondent à l’appel des Camerounais estampillés RDPC et, au pis, à ceux strictement personnels des ministres et hauts cadres du parti au pouvoir qui les fabriquent ;
• Plusieurs candidats dits de l’opposition se sont déjà déclarés mais les phrases « je suis candidat » et/ou « je ne suis pas candidat », restent bannis de la bouche du Président en poste ;
• Des ministres en exercice lancent la campagne de Paul Biya alors que celui-ci n’est même pas déclaré candidat à la candidature ;
•  La non rétroactivité de la loi qui figure dans notre Constitution disqualifie celui dont la campagne est lancée à son corps défendant par les abonnés de la mangeoire nationale ;
•  Elecam fait largement pâle figure devant l’exigence d’une commission électorale indépendante au point de constituer le fondement de la contestation prochaine des résultats de la présidentielle ;
• La Président Paul Biya est passé de son statut de l’un des meilleurs élèves de la France sous François Mitterrand, à celui de l’un des derniers élèves de la France sous Nicolas Sarkozy. Ce qui renforce le mutisme d’un Renouveau National à la recherche de nouveaux soutiens externes et de nouveaux vents favorables.

4. Quels résultats pour le Cameroun après cinquante ans ?
Si nous faisons de l’histoire immédiate voici quelques indicateurs du Cameroun en 2010.

• Pays dans le peloton de tête des pays les plus corrompus au monde depuis plusieurs années ;
• Pays absentéiste des grandes réunions de l’Union Africaine ;
• Taux de croissance de 3,2 %  plus faible que celui de la sous-région dont il est en principe le moteur (4 %), plus faible que le taux de croissance africain (5 %) et plus faible que la moyenne mondiale (4,8 %) ;
• Les performances de notre pays sont parmi les plus décevantes d’après le Banque Mondiale si on tient compte de son potentiel;
• L’inégale répartition des ressources est très grande et peut être source de conflits futurs d’après le Banque Mondiale ;
• Le Cameroun occupe le 168ème rang sur 183 pays classés par l’indice Doing Business qui renseigne sur les bonnes destinations où investir ;
• C’est l’un des Etats les moins compétitifs (111ème sur 133) d’après le Global Competitiveness index…

Ceci dit, la stratégie du grand saut dans l’inconnu comme mode de gouvernance a conduit le Cameroun dans un cercle vicieux de résultats négatifs autoentretenus et cumulatifs.

 

Le fait que l’élite camerounaise au pouvoir depuis 1960 ait été transformée en collabos serviles des forces néocoloniales françaises, a conduit à l’instauration de la médiocrité comme valeur centrale de la politique interne et externe camerounaise. Sur le plan interne, ce sont les élites les plus dociles à la tutelle française (Ahidjo, Biya) qui sont soutenues par la Françafrique et héritent du pouvoir politique au service de celle-ci. Par voies de conséquences, le peuple camerounais est, depuis plus de cinquante ans, dans une asymétrie des droits et des devoirs entre lui et ses élites nationales, quand ces élites nationales sont elles-mêmes dans une situation d’un néo indigénat face aux dirigeants français.

 

Le fait qu’un Chef d’Etat camerounais se déclara, il y a quelques années, un des meilleurs élèves d’un chef d’Etat français, est bien une preuve que le maître est la France et son Président. Dès lors, il n’est pas surprenant qu’Ahidjo quitta le pouvoir quand la France le Souhaita, et que Paul Biya tremble actuellement parce qu’il est tombé en disgrâce aux yeux de Nicolas Sarkozy. Il en résulte, plus de cinquante ans après les indépendances, que le Président camerounais a encore plus peur d’un Président français que des lamentations de son propre peuple.

 

La Fondation Moumié pense que le Cameroun a besoin de passer des rapports de collaboration servile avec la France, à des rapports de coopération d’Etat à Etat dans lesquels la France et le Cameroun gagneraient mieux et plus en valeurs, en biens, en services et en respect mutuel que dans la « Françafrique » actuelle où sévissent les arguments de la médiocrité pour les deux pays. Cette recommandation tient au fait que, d’après ce qui précède, les plans des élites camerounaises et françaises au pouvoir ne se traduisent pas en résultats optimisateurs, ni pour le Cameroun et les Camerounais, ni pour la France et les Français. L’élite au pouvoir dans les deux pays maximise son bien-être à court-terme grâce au pouvoir exécutif en sa possession, mais son statut de collabos dans le projet néocolonial du dedans et du dehors, place sans cesse les deux pays dans une situation moins bonne que celle qu’ils auraient eu si les rapports s’opéraient dans des termes coopératifs d’Etat souverain à Etat souverain : le Cameroun ne peut ainsi exploiter son grand potentiel quand la France et le peuple français récoltent de la rancœur et de l’inimitié du continent africain en général.

 

Donc, autant les Camerounais doivent se méfier de ce que nous appelons la face séduisante du néocolonialisme, c'est-à-dire l’antipathie de l’ancienne puissance coloniale vis en vis du régime en place au point de faire plaisir aux opposants à celui-ci, autant les Français devraient en faire autant car certains d’entre eux sont peut-être contents de jouer au gendarme au sein des régimes africains, mais ce qu’ils ne mesurent pas est plus pénalisant pour leur pays. C’est la perte à long terme du cœur des Africains. Cette face séduisante du néocolonialisme est un instrument de la poursuite de l’œuvre avilissante d’une métropole qui ne se décolonise pas elle-même de son esprit de domination qu’accepte l’élite camerounaise au pouvoir comme prix à payer pour l’avoir.

 

Thierry AMOUGOU, Président de la Fondation Moumié

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