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Depot_Gerbe_Fleur050609500.jpgSur une note panafricaniste, la Fondation Moumié a joué sa partition pour la 3ème édition de son Prix. Ils étaient quatre à être honorés à Genève cinquante ans après l’assassinat de celui dont la Fondation porte le nom.

 Belle matinée que celle du samedi 13 novembre 2010. A la Grand-Rue de Genève, il y a eu foule. De nombreux camerounais venus des quatre coins de la planète  se mêlant à une forte délégation centrafricaine et à des personnalités d’origines étrangères ont rendu un vibrant hommage à Félix Roland Moumié assassiné le 03 novembre 1960 à Genève. Le choix de la Grand-Rue où une marche silencieuse et le dépôt d’une gerbe de fleur avaient suscité des interrogations de passants curieux n’était pas fortuit. C’est effectivement à cet endroit que se trouvait le restaurant ‘’le Plateau d’Argent’’ -devenu une galerie d’art- où le nationaliste camerounais avait été victime d’un empoisonnement au thallium. Assassinat perpétré par un agent des services secrets français à la solde du régime d’Ahmadou Ahidjo premier président du Cameroun.

 

Autre moment fort de cette matinée, le cortège de témoignages ayant ponctué ces moments de recueillement en ce lieu devenu historique. L’ancien militant de l’UPC Rigobert Bwemba Mbon exhorta les participants à bannir la crainte et à poursuivre le combat. Médard. Ntep, président de l’Ong Cœur de France Monde remarqua que Félix Moumié était l’exemple même d’un homme engagé. Le député du SDF Jean Michel Nintcheu lui aussi invité releva que ceux qui avaient lutté (nos héros) ne sont pas arrivés aux affaires et qu’il fallait ‘’continuer de nous battre’’.


Objectif atteint et ambition réussie, la cérémonie de remise du Prix Moumié 2010 a connu son apothéose dans la soirée. Celle-ci avait démarré à 20h par une conférence sur «  le déficit démocratique en Afrique centrale et le risque d’implosion sociale. » La salle Calvin de l'Hôtel Ramada Encore abritait cet évènement dont les participants, venus nombreux  avaient manifesté leur intérêts pour le sujet. Célestin Edjangue, le modérateur, journaliste et écrivain eut du mal à mettre un terme à la phase des questions-réponses tant l’assistance manifestait son besoin de connaissance face à des conférenciers de renom au parcours non moins élogieux. Anatole Malu, congolais et président de l’Université populaire africaine de Genève, Acheikh Ibn Oumar, ancien ministre tchadien des Affaires Etrangères et Rigobert Bwemba-Bong, géo politologue camerounais, ancien militant de l’Upc ont ravi le public par de brillants exposés.


La cérémonie de remise du Prix Moumié a couronné trois camerounais et un centrafricain. Le chef Bamendjou, sa Majesté Rameau Jean-Philippe Tchendjou II Sokoudjou, le journaliste Jean Bosco Talla, feu Albert Mukong ainsi que le centrafricain Maître Goungaye Wanfiyo, avocat et fervent militant de la société civile centrafricaine, assassiné en décembre 2008.

 

Qui sont les récipiendaires ?

 

Me Goungaye Wanfiyo

 

Goungaye

 

Figure emblématique de la société civile centrafricaine, combattant invétéré pour la promotion des droits humains, ce valeureux  africain est tragiquement décédé à 50 ans en décembre 2008. On a parlé d’un accident de voiture. Aucune enquête n’ayant donné lieu à des résultats véridiques, il subsiste toujours des interrogations sur les circonstances de son décès.  Président de la Ligue centrafricaine des droits de l'homme, Me Goungaye Wanfiyo était connu pour son sérieux et sa franchise. C’était avec force et conviction qu’il défendait les victimes des exactions commises par les rebelles et militaires au nord du pays. Il s’était aussi attiré le courroux de ceux qui dirigent la RCA au point de recevoir des menaces de  mort en juin 2008. C’est sa fille qu’accompagnait la veuve Euphrasie Goungaye Wanfiyo qui ont reçu la récompense de leur père et époux.

 

 

 

 

 

 

 

 

Albert Mukong

 

MukongCe grand résistant camerounais  a vécu une vie de sévices, de tortures physiques et morales sous la colonisation et ensuite sous le régime néo-colonial, à travers un combat acharné dès 1956. Natif de Bamenda, il aura ainsi connu les plus redoutables prisons politiques du Cameroun : Brigade mixte mobile de Yaoundé, Mantoum dans le Noun, Tcholliré dans le Mayo-Réy. Auteur de ‘’Prisonnier sans crimes’’ où il raconte ses expériences carcérales, Albert Mukong, est en 1989 l’un des membres fondateurs du SDF, qu'il quitte en 1990 pour fonder en 1994 le SCNC, qui fut très vite interdit. Il décède en juillet 2004 à l’âge de 71 ans. C’est à son fils Nkrumah Mukong, résident aux USA qu’est revenu l’honneur de recevoir le prix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sa Majesté Sokoudjou Jean Philippe Rameau,

 

s-SOKOUDJOU-JEAN-RAMEAU_CHEF-BAMENDJOUN_med.jpgDes exceptions, il en fait partie. Un chef traditionnel qui parvient à ajuster démocratie et liberté dans un pays où l’autorité traditionnelle est inféodée au pouvoir politique. Le chef supérieur Bamendjou, Jean Philippe Rameau Sokoudjou est le doyen de ses homologues de l’ouest Cameroun. En effet ce septuagénaire dirige sa chefferie depuis 1953. Prônant l’unité et non le tribalisme, sa majesté Sokoudjou déclare lors de la Campagne semaines pascales de 2000 :’’ Le rêve des politiciens, c'est de nous utiliser contre nous-mêmes, pour asseoir leur pouvoir et consolider leurs intérêts. Ils veulent nous embarquer dans des bateaux vers des destinations inconnues. C'est pourquoi ils ont créé le tribalisme de toutes pièces’’. Un homme qui a toujours  estimé qu’un «fô» (chef traditionnel chez les bamiléké), ne saurait partager son pouvoir en militant en faveur d’un parti politique. 
 

 

 

 

 

 


Jean Bosco Talla

 

Jean_Bosco_Talla.jpgJournaliste et directeur de publication du journal « Germinal », symbole récent de la persécution continuelle du régime Biya contre ceux qui disent ce qu’il cherche à dissimuler, s’est distingué ces dernières années par son indépendance d’esprit, son opiniâtreté et son courage dans la dénonciation systématique des dérives du régime en terme de corruption et de violations diverses. Co-auteur du rapport de Ccfd-Terre Solidaire intitulé « Biens mal acquis. A qui profite le crime ? », publié en juin 2009, il s’emploie, malgré les pressions, la prison, et au péril de sa vie, à mettre infatigablement la légitimité du pouvoir de Biya en question.

 
La 3ème édition du Prix Moumié 2010 a révélé une vision précise de sa particularité : Pour la Fondation Moumié, il est question de faire de ce prix ‘’ une récompense et une reconnaissance pour tout Africain qui, quelque soit son domaine d’activité, se fera remarquer par son engagement réel, franc, effectif et cohérent pour mettre fin à  la mal gouvernance, et promouvoir l’alternance politique et le respect des Droits de l’Homme dans toutes ses formes en Afrique subsaharienne’’.

 

Jean Bosco Talla et le chef supérieur de Bamendjou n’ayant pas pu prendre part à cette cérémonie pour défaut de visa, c’est au député Nintcheu que leurs prix ont été remis pour transmission.

 

Pour la fondation, la cellule de communication

Tag(s) : #Actualité

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